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Machines et
Procédés (...) |
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33
12093.
BREVET
D'INVENTION DE QUINZE ANS
en date
du 29 avril 1842,
Aux
sieurs BOURGOING
et DU
TREMBLAY,
Pour
des procédés complets de lithophanie.
CHAPITRE PREMIER.
On
peut produire à volonté, par ce procédé, soit des tableaux monochromes
autrement dits grisailles et
camaïeux, soit des tableaux à nuances diverses et naturelles.
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Tableaux
monochromes autrement dits grisailles et camaïeux.
Pour
ce genre de tableaux, il suffit de choisir des plaques lithophaniques que le feu n'ait pas fait gauchir et dont le relief n'ait que peu d'élévation,
d'en prendre des empreintes ou des contre-épreuves, en terre de
porcelaine ou terre blanche; de faire cuire ces empreintes, que nous avons
appelées bases: ., et de choisir parmi
elles celles qui, à leur première cuisson, seront restées parfaitement
plates, de les recouvrir enfin, à un second' feu et d'après les
principes de fabrication des poteries
ou faïences ordinaires, modifiés pourtant ainsi qu'il sera
expliqué plus bas, d'un émail coloré au degré convenable, de manière
à remplir tous les creux, couvrir
toutes les sommités, et rendre ainsi parfaitement unie la
surface supérieure de cette plaque.
Il
est évident que les reliefs trop élevés sont défectueux, en ce qu'ils
demandent une trop grande épaisseur d'émail.
Il
est également évident que, si cet émail est trop clair, les tableaux
n'auront aucun effet, et que, s'il est trop foncé,
ces effets disparaîtront dans l'ombre; c'est donc de l'exacte
proportion entre l'élévation des reliefs et la coloration
des émaux que dépendra la perfection des tableaux en émail ombrant.
Il est également important que les reliefs soient
exactement et régulièrement
couverts, et que la surface des tableaux devienne parfaitement unie.
L'expérience
nous a prouvé que, pour obtenir cette égalité de surface, il était nécessaire de munir nos plaques d'un rebord en relief ayant
autant d'élévation que la sommité
la plus élevée de la plaque qu'il entoure ; mais, comme ce rebord a
l'inconvénient de tirer à lui l'émail en fusion et de produire ainsi, tout
autour du tableau, un entourage d'ombre qui cerne ce tableau d'une manière
désagréable, nous avons muni toutes nos plaques d'un second entourage
intérieur en creux.
Nous
avons nommé cette rigole intérieure le déblai, et le bord extérieur le
remblai ;
ils sont tous les deux nécessaires, l'un, le remblai, pour retenir l'émail, comme nous l'avons dit, l'autre, le déblai,
pour recevoir le superflu de cet émail ; par ce moyen, nous sommes
parvenus à obtenir des tableaux dont
les bords sont nets et ne se trouvent terminés que par une raie obscure
régulière.
Pour tous les tableaux
monochromes, qui sont la partie la plus simple et la plus avantageuse de
la fabrication de l'émail ombrant, il suffit donc de poser, en
résumé, les principes suivants :
Choisir
des plaques lithophaniques transparentes, parfaitement droites, d'un
relief peu élevé;
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et 48)
Prendre
l'empreinte de ces plaques en porcelaine ou en terre à faïence, en leur
donnant environ 0,001m à 0,005m d'épaisseur;
Faire passer à un premier feu ces plaques,
contre-épreuves des transparents de porcelaine ou de cire;
Recouvrir
finalement celles de ces plaques que le feu n'aura point fait gauchir
d'un émail dont la coloration sera exactement calculée d'après l'élévation
des-reliefs.
Si
ces quatre opérations sont faites avec soin et exactitude, on obtiendra
des tableaux dont la douceur et la
perfection égaleront, en les rendant inaltérables, les
plus belles épreuves de gravure ou de lithographie.
CHAPITRE
II.
Émail
ombrant polychrome ou en plusieurs couleurs.
L'obtention
de tableaux en émail ombrant monochrome ou d'une seule couleur
est la partie la plus importante de cette découverte, la coloration n'en est que
le complément accessoire et ne demande. plus que des soins et
du goût.
Nous
avons employé deux méthodes distinctes pour donner à nos tableaux des
teintes variées et naturelles, savoir :
..
CHAPITRE -II
Première
méthode, au moyen d'émaux colorés dans toute leur épaisseur.
Nous
employons cette première méthode pour les arabesques et pour les fruits
et les feuilles que nous avons placés au fond d'assiettes de dessert.
Nous n'avons aucune prescription particulière à consigner
ici pour cette partie de notre procédé; il suffit de choisir, pour
chaque couleur de fruits, pour chaque nuance de feuilles, un émail de la teinte et du degré de
coloration convenable.
Ces
émaux colorés, étendus sur la partie des creux et des reliefs destinés
à les recevoir, produiront des
effets d'autant plus satisfaisants qu'ils auront été choisis avec plus
de discernement; mais, comme il s'agit ici de fabrication en grand,
nous ne devons pas omettre la nécessité de choisir avec beaucoup de soin
les nuances qui serviront à colorer les modèles; ces modèles, une fois
colorés en tons satisfaisants, serviront à établir de grandes masses d'émaux
de différentes teintes; ces grandes masses, composées avec des mélanges
de diverses proportions d'émaux de couleurs primitives, seront ensuite
vitrifiées
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et 48)
pour
être triturées et broyées de nouveau, et servir à la coloration des
arabesques et des fruits.
Quelques
nuances délicates, quelques taches, quelques détails pourront, en outre,
être faits d'avance, au pinceau, sur le biscuit blanc qui doit recevoir les
émaux colorés.
Cette
seconde trituration des nuances d'émaux vitrifiés en masse est nécessaire
non-seulement pour donner à ces émaux toute la limpidité désirable, mais
encore pour assurer, dans les fabriques, un coloris irréprochable et une
facile et constante reproduction des mêmes nuances.
Nous
posons en fait que les tableaux produits par ce procédé égaleront, à
peu de
frais, ce que pourraient obtenir l'art de la miniature et le pinceau le
plus exercé.
CHAPITRE
IV.
-
Seconde méthode, au moyen
de la coloration partielle de bases blanches
recouvertes ensuite d'émail gris.
Cette
méthode est plus compliquée que la précédente.
La
première condition pour la réussite de ce genre de tableaux est le choix
d'un émail gris, d'une extrême pureté, d'une limpidité parfaite et
d'un ton exactement gris, c'est-à-dire tenant un exact milieu entre les
tons de gris jaunâtre, bleuâtre ou
rougeâtre; ce gris de nos tableaux doit, de toute nécessité, ne
participer exclusivement d'aucune de ces trois teintes; nous l'avons, par cette
raison, nommé gris neutre; il doit avoir à peu près le ton gris des gravures
ou lithographies, et pouvoir recevoir, comme celles-ci, quand on les
enlumine, toutes les teintes rouges, couleur de chair, bleues, jaunes,
vertes, etc., sans les modifier
qu'autant qu'il est nécessaire pour leur donner les degrés d'ombre
qu'elles doivent avoir suivant la place qu'elles occupent dans chaque
tableau.
Par
cette coloration accessoire de la base, il est possible de produire des tableaux
d'un coloris aussi vigoureux et aussi vrai qu'on peut le faire non-seulement au moyen de lithographies coloriées
avec soin à l'aquarelle, mais encore
au moyen de la peinture à l'huile.
On
connaît, en effet, divers tableaux d'anciens maîtres qui ne sont que des
grisailles recouvertes de glacis de
couleur; les tableaux faits par
cette méthode
ont
cependant un coloris tout aussi satisfaisant que celui des peintres qui se
sont servis d'abord des couleurs elles-mômes pour ombrer leurs
tableaux.
Il en
sera de même des émaux
ombrants colorés d'après la méthode que je
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et 48)
viens
de décrire, et qui ne seront que des grisailles accessoirement nuancées et
coloriées.
plus
ou moins grand dépendra nécessairement du soin Le
degré de perfection dû coloriste; mais
nous pouvons prétendre hardiment qu'aucun genre, connu ne
pourra produire, avec aussi peu de peine et à si peu de frais, des
tableaux d'un effet aussi
satisfaisant que celui obtenu au moyen de l'émail ombrant. Ce
nouvel art reproductif a, en outre, l'avantage d'offrir des produits inaltérables,
à l'air, à l'humidité et à la lumière.
Pour
compléter la description des procédés employés, je vais rapporter ici
les principes
divers et les directions détaillées qui ont servi de guide aux ouvriers de
nos, ateliers.
Ces
principes ont été rédigés sous la forme d'instructions.
Instructions
données aux ouvriers de
la fabrique d'émail ombra [mot coupé]
CHAPITRE
V.
Reliefs.
Le
choix des reliefs est la question fondamentale la plus importante de toutes; il faut que ces reliefs soient exactement calculés pour
produire l'effet convenable.
Tous
les tableaux en relief nouveaux devront être modelés d'après les
principes que nous allons
établir.
:Quant
aux tableaux que nous avons déjà et qui nous ont servi pour
des plaques à transparents, ils
seront, pour la plupart, rectifiés, et, dans tous les cas, il
faudra varier le degré de coloration des émaux d'après le degré des
reliefs de chaque tableau; à cet effet, il sera procédé au
classement de tous les moules que nous possédons.
Ainsi
le creux le plus profond de chaque dessin sera mesuré, et l'on notera par
millimètre la différence d'élévation de l'endroit le plus saillant et
de l'endroit le plus creux.
Les
dessins seront alors ainsi désignés : reliefs de
ou
millimètres a/x. Chaque catégorie de dessins ainsi établie devra être couverte d'émail
d'un degré différent de coloration.
Cependant, comme une très-grande
exactitude n'est pas nécessaire pour ces classements, et que le même émail peut faire un effet satisfaisant avec
des dessins de reliefs assez
différents, on n'établira que trois classes et on ne se servira
ainsi que de six émaux gris neutre différents; nous avons déjà expliqué
ce que nous entendons par émail gris neutre.
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Déviation
du relief des classes.
-Première
classe, de 1/3 de millimètre;
Deuxième
classe, 1/2 millimètre;
Troisième
classe, 1 millimètre;
Quatrième
classe, 2 millimètres;
Cinquième
classe, 3 millimètres;
Sixième
classe, 4 millimètres et au-dessus.
Nous
avons reconnu que le relief le plus parfait, celui qui tient le milieu le plus
convenable entre le relief trop élevé, difficile à couvrir, et le
relief trop bas, qui ne se prononce
pas assez, est le relief 1 fraction de millimètre, troisième classe.
Cette
mesure servira, autant que possible, de règle à tous les dessins que nous ferons établir, quelle que soit l'étendue
de leur surface, car il faut bien se rappeler que cette étendue ne
doit,
dans aucun cas, augmenter le relief, et que le plus grand comme le plus petit tableau doit, sous ce rapport, obéir
aux mêmes
lois.
CHAPITRE
VI.
Procédés pour abaisser les
reliefs.
Il
suffira, pour quelques tableaux déjà établis; de rectifier les parties
les plus saillantes, surtout
lorsque ces parties ne seront que des rochers ou des herbages du premier
plan, qui ne demandent pas une grande netteté de rectification.
Pour
les reliefs trop élevés, dans les parties les plus importantes, dans le dessin nommé l'arbre, par exemple, il ne faudra
pas rectifier le plâtre coulé sur le
moule de porcelaine au moyen du burin ou du grattoir, mais par la méthode
que je vais décrire.
Une
cire sera coulée sur la porcelaine transparente de ce relief; lorsque
cette feuille aura été enlevée, on la placera à l'envers sur une glacé
ou autre surface plane, on fera ensuite rentrer, par une pression de
doigt, les endroits les plus creux; on
parviendra ainsi à diminuer le relief tout en conservant le détail ouvragé
de la surface.
Ce procédé n'est
pas applicable à tous les tableaux ni reliefs; en tous cas, il devra
être fait avec soin et intelligence.
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CHAPITRE VII.
Filets
faits sur les moules à la pointe d'une aiguille pour séparer nettement
deux
couleurs.
Pour
tous les dessins qui devront avoir des parties nettement tranchées en couleurs
différentes, tels, par exemple, que. le Mendiant,
de
Murillo, dont l'habit
est brun et la veste jaunâtre, ou la grappe dont les raisins sont violets
et les feuilles vertes, on
ajoutera à l'aiguille, dans le moule, de petits filets en relief
uniquement destinés à séparer les couleurs placées l'une à côté de
l'autre.
Ces
filets seront aussi faibles que possible en largeur, et n'auront à peine
que fraction de millimètre en hauteur.
-CHAPITRE VIII.
Reliefs
pour arabesques et. ornements.
Il
ne faut pas que ces ornements et arabesques, de quelque grandeur qu'ils
soient, aient un relief proportionné à cette
grandeur.
Nous
rappellerons ici le principe posé plus haut, que la hauteur des reliefs
ne doit pas augmenter en proportion des surfaces.
Dans
tous les tableaux ou ornements quelconques qui excèdent le relief de 0,001m
reconnu le plus convenable, cet excédant est inutile et même défectueux.
Les
arabesques pour grandes plaques de décors, d'intérieurs de-boutiques ou d'appartements seront, en général, exécutées à fond réservé
sombre ou clair.
Nous
nommons fonds réservés ceux qui sont d'une couleur différente de celle
des arabesques et sujets qui s'y trouvent.
Les
arabesques qui sont de la même couleur que leur fond se nomment arabesques
à fonds semblables.
Les
fonds clairs, tels que rose, chamois, lilas, bleu ciel, vert céladon,
vert chrysopale, etc., sont les plus convenables pour murailles
d'appartements et intérieurs de boutiques, ces couleurs s'éclairant plus
facilement.
Les
fonds réservés noirs ou blancs opaques seront presque toujours tout unis.
Pour toutes les
autres couleurs sombres ou claires, il ne sera que fort rarement fait
usage de ces fonds unis; en voici la raison :
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et 48)
Comme
nos procédés nous permettent de donner des objets très-riches au même
prix que les objets d'un dessin simple, nous ne négligerons jamais cet
avantage, que nous avons sur toutes les autres fabrications, d'augmenter
sans frais la complication et la richesse des détails.
Au
moyen des dessins réduits au tour à portrait, ou simplement modelés
avec soin, moulés et rapportés les uns à côté des
autres, nous établissons, dans plusieurs
de nos modèles, de larges surfaces délicatement ouvragées sur toute leur
étendue, et qui servent de fond aux grandes palmettes, feuilles d'acanthes,
etc.
Toutes
les fois qu'une surface quelconque sera sans ornements dans un dessin en
arabesque, cette surface, au lieu de rester unie, pourra recevoir un fond
composite; nous avons ainsi nommé les fonds formés au moyen de petites réductions
ou d'autres ornements modelés exprès et rapportés les uns à côté des
autres.
_
Pour
les carreaux destinés à couvrir les murailles des salles de bain , des parois de fourneaux, etc., nous avons également
soin de n'employer, en général,
que des dessins composites.
Ces
carreaux sont couverts soit d'émail ombrant, et dans ce cas les reliefs en sont calculés et modelés d'après les principes lithophaniques
(principes entièrement distincts de
ceux de tous autres reliefs), soit d'émaux opaques de couleurs claires, et dans ce dernier" cas les surfaces sont unies ou
couvertes de reliefs non lithophaniques ou ordinaires.
La
plupart de ces carreaux sont faits Ogresse ,mécanique, au moyen de moules de cuivre.
CHAPITRE
IX.
Principes
généraux de coloration.
Les
plaques ou autres objets d'émail ombrant sont produits à volonté, comme
nous l'avons déjà dit, en camaïeux ou tableaux monochromes, ou en
tableaux colorés.
Ces
tableaux en camaïeux ne demandent aucune explication spéciale; il suffit,
pour obtenir de bons effets, de choisir des reliefs convenables et de les
couvrir d'émaux différents, selon leur classe.
Ces
tableaux monochromes n'exigent aucun soin particulier et ne présentent aucune
difficulté; nous ne parlerons donc avec détail que des tableaux à
nuances variées.
Il
faut avoir soin, lorsqu'on colore les reliefs, de se servir de pinceaux
fins pour toutes les parties qui
demandent quelque netteté dans la coloration; les
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pinceaux
plus forts ne seront employés que pour les larges surfaces d'une même couleur.
Dans
la plupart des dessins employés, il faut aussi peu de temps pour cette enluminure
que pour celle d'une lithographie; quelques autres tableaux devront
être confiés à des mains plus habiles.
Nous
avons deux manières principales de procéder, soit en ombrant avec la
couleur elle-même, comme nous l'avons dit au chapitre 3, ou en ombrant
avec du gris auquel nous avons donné le nom de gris neutre, comme il est
expliqué au chapitre 4.
La
première méthode ne peut s'employer que pour les fruits et fleurs sur fonds blancs ou noirs; c'est ainsi que le dessin de groseilles, de
prunes, qui se trouve placé au milieu
d'une assiette, n'est ombré que par les épaisseurs du rouge et du
vert placés dans les creux.
Quant
aux têtes, sujets ou paysages coloriés, ils l'ont été par les nuances ou teintures du fond recouvertes d'émail gris.
Ici,
comme dans les gravures enluminées, les teintures donnent la couleur, l'émail
gris produit les ombres.
La
coloration des tableaux d'émail ombrant ne diffère de celle des lithographies
qu'en ce que, dans cet art nouveau, on met les nuances sur une surface qui
n'est pas encore ombrée; il faut donc, lorsqu'on met ces teintures,
n'avoir égard qu'à la couleur, en tenant exactement compte de l'ombre
qu'elle recevra par l'effet de l'émail gris neutre.
De
lui-même, cet émail gris ombrera convenablement chaque partie en s'étendant
sur les reliefs calculés pour produire ces effets.
CHAPITRE
X.
Coloration
par infiltration.
Nous
avons ainsi nommée une méthode très-expéditive pour colorer certaines parties
délicates des bases de nos tableaux, telles que les feuillages des arbres
du premier plan, les interstices
sombres des murailles, les joints des pierres dans les
maçonneries, les branches et rameaux des arbres, les branches dépouillées
de feuilles des paysages d'hiver.
Pour
conduire les couleurs dans ces parties délicates, il faudrait, si l'on se
servait de pinceau, un temps et une peine considérables.
Ce
procédé d'infiltration consiste à mouiller suffisamment les parties que
l'on
veut
peindre ainsi sur les bases de terre cuite blanche, et à présenter ensuite,
avec un pinceau, une couleur très-liquide à l'entrée de ces creux;
cette
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couleur
coulera d'elle-même et suivra toutes les sinuosités et ramifications les
plus déliées.
CHAPITRE
XI.
Tamponnage.
L'infiltration
sert à colorer rapidement les creux délicats, le tamponnage est employé
pour colorer les sommités des reliefs, telles que les parties éclairées
des feuillages, ciment blanc ou jaunâtre des interstices des
briques, pierres, etc.
Ce
tamponnage ressemble à celui employé dans l'imprimerie ; de petits tampons
de drap ou de toile sont imprégnés de couleur. ; en les frappant sur les
reliefs, ils n'en colorent que les sommités
CHAPITRE
XII.
Grattage.
Le
tamponnage ne sert, en général, qu'à colorer rapidement les parties déliées et claires (jaunes, verdâtres, telles
que les feuilles les plus éclairées des arbres, etc.); il existe un procédé plus convenable et plus facile pour
obtenir les petits clairs parfaitement blancs qui se trouvent dans
beaucoup de tableau; tels que
reflets, dans l'eau, dans les paysages de jour ou clairs de lune, reflets brillants
des casques et armures, filets blancs marquant, entre les pierres. , la chaux
dans la maçonnerie, voiles de navires, turbans, etc.
Il
est certains dessins ou, gravures anglaises, par exemple, qui reçoivent
leur principal effet de ces petites parties d'une éclatante blancheur,
qui font valoir toutes les autres teintes.
Les
tableaux en émail ombrant recevront facilement le même avantage produit
par ces clairs si vifs et si brillants; on aura soin, à cet effet, après
avoir coloré tout le dessin ainsi qu'il vient d'être décrit,
de regratter toutes les parties qu'on voudra avoir réservées en blanc.
Les
instruments de fer tels que grattoirs ou burins sont beaucoup moins convenables
que des tessons de porcelaine, qui ont le double avantage de ne
point
noircir le biscuit, ainsi qu'il arrive lorsqu'on se sert de fer, et de
pouvoir être fréquemment
renouvelés lorsque le tranchant s'émousse..
Tous
les dessins soignés seront ainsi regrattés au tesson de porcelaine avant
de recevoir leur émail neutre.
Que l'on compare
deux exemplaires du même dessin, sur l'un desquels sen‑
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-lement on
aura employé ce procédé à l'égard des turbans, vêtements, personnages
, chevaux blancs, voiles de navires et autres sujets analogues, et l'on se
convaincra de l'utilité de ce grattage.
Je terminerai ces détails par
la description de quelques procédés accessoires
employés dans la fabrique d'émail ombrant.
CHAPITRE XIII.
Émail à jour.
Nous avons ainsi nommé un genre d'ornement que
nous avons surtout employé¬ dans quelques modèles d'assiettes : il consiste à
percer à jour un certain nombre de
trous d'un très-petit diamètre et formant des dessins réguliers sur les
rebords des assiettes; ces petits trous se remplissent ensuite d'eux-mêmes
d'émail lorsque l'on trempe l'assiette d'après les procédés habituels.
Quand,
ensuite, la cuisson fixe et vitrifie cet émail, les jours restent bouchés
par un émail transparent et produisent un genre d'ornement inconnu
jusqu'ici dans la fabrication de la porcelaine ou de la faïence.
Quelquefois, au lieu de laisser l'émail blanc de
l'assiette boucher de lui->même les trous régulièrement disposés, nous
remplissons la totalité ou quelques-uns d'entre eux d'émaux de différentes
couleurs.
Dés
assiettes ou autres objets de faïence ou de porcelaine peuvent être
ainsi criblés d'un assez grand nombre de petits trous pour avoir l'aspect
d'une véritable dentelle.
CHAPITRE XIV.
Mosaïque en émail ombrant.
Nous
n'avons aucun détail particulier à donner sur cette application de notre
procédé; il suffira de dire que, au moyen de pièces d'émail ombrant de
toutes formes, couleurs et dimensions,
nous pouvons obtenir tout ce qui se produit en mosaïque.
De très-petits carrés de diverses grosseurs nous
serviront, par exemple, à écrire, en
couleurs variées, les enseignes de magasins, et à produire en émail, en
se guidant sur des dessins à carreaux employés pour les ouvrages de
tapisserie à la main, tous les sujets qui se font de cette manière
sur canevas.
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CHAPITRE XV.
Dorure.
La dorure
entrera comme accessoire dans ce nouveau genre de décor; nous n'avons
besoin de donner aucune explication sur son emploi.
La dorure sera
ajoutée à nos produits au feu de moufle, comme on le fait pour
la porcelaine ou la faïence; nous ferons seulement observer que, jusqu'à
ce moment,
on ne se servait, pour les décors tant extérieurs qu'intérieurs, que de
dorure à la colle ou à l'huile; la nôtre, appliquée au feu sur une
vitrification, lui donnera une
solidité extrême.
Il est concevable de quel avantage
sera, sous ce rapport et sous celui de son éclat, l'émail ombrant
appliqué au décor de l'intérieur des églises, des appartements, à
l'extérieur des maisons, boutiques, etc.
Je terminerai par un résumé
succinct des conditions nécessaires pour obtenir des objets d'émail
ombrant d'une entière perfection.
Les
douze conditions de réussite pour L'émail ombrant sont
1°
Bon dessin.
Cette condition
fondamentale n'a pas besoin de développement; il est évident qu'un
mauvais dessin ne peut rien produire de Ion en quoi que ce soit.
2° Mince relief.
D'après les raisons développées
ci-dessus, il est arrêté, en principe, que les reliefs élevés sont défectueux
et que les meilleurs sont ceux des deuxième et troisième classes.
3°
Bonnes empreintes.
Cette troisième
condition est aussi simple et aussi impérative que la première;
il est bien évident que de mauvaises empreintes des, meilleurs reliefs ne
produiront que de détestables effets;
4°
Platitude des plaques et absence de gondolement.
Toute plaque qui aura gauchi ou
gondolé dans la cuisson donnera évidemment de mauvais produits.
5°
Horizontalité de la cuisson.
Il est également
clair que les plaques doivent cuire bien horizontalement; sans
cela, l'émail en fusion se répand trop d'un côté.
6°
Blancheur du biscuit.
Pour toutes les teintes,
le biscuit parfaitement blanc est une condition de perfection ; il est
surtout nécessaire pour les émaux bleu, violet et rouge; quant
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à
l'émail vert, il peut faire très-bien sur du biscuit jaunâtre ou même
jaune l'émail
brun peut, sans inconvénient, recouvrir des biscuits rougeâtres.
7° Filet de déblai.
Ils
sont nécessaires pour recevoir le superflu de l'émail autour des
tableaux, grands ou petits.
8°
Filet de remblai.
Ils
sont nécessaires pour retenir l'émail en fusion et former godet, en
bordant tous les tableaux d'émail
ombrant.
9°
Limpidité de l'émail.
Il
faut, de toute nécessité, que les émaux soient bien purs, bien
limpides, bien broyés et partout de la même couleur; aucun bon produit
n'est possible sans cette condition.
40°
Classement des reliefs et des émaux correspondants.
est
important que chaque classe d'élévation des reliefs soit couverte d'émaux
de la classe de coloration correspondante; un émail trop clair ou trop sombre
sur un relief trop mince ou trop élevé produit des effets condamnables.
11°
Submersion.
Tous
les reliefs doivent être couverts, et une légère couche d'émail doit
encore dépasser les sommités extrêmes des reliefs; sans submersion il
n'existe point de bel émail -ombrant ; c'est une condition sine qua non.
12° Surabondance
lapidée..
Cette
opération finale met le comble à la perfection des produits d'émail
ombrant; elle n'est employée que pour les objets d'élite.
Lorsque
les onze conditions ci-dessus ont été complètement observées et que la
méthode de surabondance lapidée a été employée, c'est-à-dire
lorsqu'une combe, d'émail,
d'abord surabondante, a été usée et polie à la meule, l'émail ombrant
produit des plaques d'une beauté et d'une harmonie qu'aucun art
reproductif n'a pu donner jusqu'à présent.
Appendice relatif aux imitations de bois, d'agates
et de toute espèce de pierres. La
difficulté d'obtenir avec certitude des produits sans taches ni défauts
a motivé, l'invention de ces bois de toute espèce, agates,
etc., en émail ombrant; sur
ces objets, en effet, les taches, accidents et accumulation d'émail ne
sont point des défauts;
il sera donc avantageux de fabriquer une foule d'objets dont le fond sera
en bois simulé et les accessoires en émail ombrant vert, bleu et autres.
Ces
fonds de bois pourront remplacer avec avantage même les fonds noirs,
que nous avons eu tant de
peine à obtenir d'une manière satisfaisante.
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et 48)
Plusieurs
manières ont été employées pour obtenir de ces fonds de bois; quelques-uns
acajou, palissandre, racines et autres, ont été modelés en cire ou
faits au vernis coloré sur verre d'après la méthode habituelle de la
lithophanie transparente ; quelques autres ont été modelés en
cire blanche sur fond noir, par la méthode
que nous avons nommée ombre éclaircie, par opposition à la méthode
contraire, qui avait été appelée clair assombri.
Cette
méthode de cire blanche sur
fond noir a été employée avec
avantage pour tous les
objets qu'on a voulu munir de reliefs lithophaniques, tout en conservant
leur forme extérieure.
Quand
on fait un modèle d'après la méthode habituelle, avec de la cire colorée
et transparente sur verre, on n'a que le contraire de ce
qu'on
veut avoir; par exemple, pour
obtenir l'intérieur d'une assiette concave, on est obligé de modeler
sa forme extérieure convexe.
Expériences a
faire
sur la proportion des reliefs et la coloration de l'émail
ombrant au moyen de
la plaque de démonstration.
En théorie, tous les reliefs lithophaniques, qu'ils aient peu ou
beaucoup de saillie,
peuvent donner des contre-épreuves propres à servir de base pour des effets
d'émail ombrant.
On conçoit, en effet, qu'avec de l'émail très clair mis
fort épais sur des reliefs à forte saillie on obtiendra des dégradations
d'ombre et de clair, de même que
sur une plaque à très-mince relief couverte d'un émail très-foncé.
Toutefois
ces deux espèces de reliefs couverts de deux espèces d'émaux ne
produisent pas tout à fait les mêmes effets.
Un émail clair, placé sur la plaque à
relief,
peut bien donner des fonds presque noirs
et des clairs presque blancs avec toutes
les teintes intermédiaires, mais tout
ce qui est finesse de détail disparaît complètement dans cette espèce
d'émail ombrant, tandis qu'ils seront toujours visibles dans l'autre espèce
résultant de plaques à mince relief couvertes d'émail foncé.
Il
s'ensuivrait donc que les plaques à relief saillant ne doivent pas être
employées, et cette expérience a,
du moins, engagé à ne faire de nouveaux modèles
qu'à très-mince relief; mais comme il existe un très-grand nombre de plaques
lithophaniques déjà faites, et que, notamment , toutes celles établies
pour la lithophanie transparente ont beaucoup de saillie , il est nécessaire
de ne point rejeter toute cette
catégorie de plaques; celles, en effet, qui se composent de larges
surfaces, telles que visages et draperies de personnages de grandes
dimensions, etc., peuvent produire d'assez bons effets avec l'émail clair;
mais il est à remarquer que, dans ce genre de plaques, les petits détails,
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Tels que les
mains, les fleurs, les broderies, les coliers, etc., perdront leur netteté.
On en peut voir un
exemple dans le modèle nommé Les fleurs d'eau; dans ce dessin, du
reste très-agréable, les doigts des personnages représentent une masse
confuse.
La plaque de démonstration
déposée a été établie dans le but de donner un moyen certain et
toujours exact de choisir, pour chaque degré d'épaisseur du relief des
plaques, la proportion convenable de la coloration de l'émail qui doit la
recouvrir.
Il sera nécessaire,
pour assurer régulièrement ce service dans la fabrique, que tous les modèles,
quelles que soient leur dimension, leur forme et leur destination, soient
divisés en six classes, uniquement d'après le degré d'élévation de
leur relief.
Les émaux
transparents, de quelque couleur qu'ils soient, seront également divisés
en six classes correspondantes, d'après le degré de leur coloration.
Lorsque l'on fera
de grands creusets d'émaux, il faudra avoir soin, avant de piler ces
blocs, d'inscrire à quelle classe de coloration ils appartiennent.
Il y aura donc des
émaux blancs, verts, violets, etc., de six degrés de coloration ou de
six classes, destinés à couvrir six classes de reliefs.
Coins
d'épreuve pour classer la transparence des émaux.
Pour classer les
émaux, il faut adopter une méthode régulière ; la simple vue de
fragments irréguliers ne suffit point ; il est nécessaire de comparer
toujours entre eux et de la même manière les émaux transparents colorés
divisés en fragments absolument semblables de forme et de grosseur ; la
forme la plus convenable est celle d'un coin très-aplati.
Ces coins, posés
sur une feuille écrite, déterminent le degré de coloration de l'émail
dont ils sont formés, suivant que l'écriture est lisible à tel ou tel
degré de leur épaisseur.
Pour obtenir
facilement de ces coins d'essai toujours de même forme et de même
grosseur, il a été établi une pince au moyen de laquelle on saisit et
on moule, dans le creuset en fusion, la partie d'émail dont on a besoin.
Croisette
de graduation pour les reliefs lithophaniques.
Pour déterminer
l'élévation des reliefs, il a été établi un petit instrument en forme
de croisette, consistant en une barre transversale mobile sur une branche
verticale graduée ; l'extrémité de cette branche verticale se place
dans la partie
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la plus profonde
du modèle; la branche transversale vient s'appuyer sur la sommité la
plus relevée du relief, et marque, par son intersection sur la branche
verticale, le degré de relief de la plaque.
Cette
croisette d'essai a semblé le meilleur moyen pour classer les
reliefs. On pourra, si l'on veut, rendre la barre transversale plus longue
que' celle qui existe sur
l'instrument confectionné comme modèle.
© Constantin IMBS Juin 2007 - Paris, France |